Belgium Soir, November 4, 2010

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« Je me lamente de vivre dans une ère effrayante »

Musique Elvis Costello publie son nouvel album, « National Ransom »

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Phillipe Manche

Jeudi dernier, au célèbre Ronnie Scott’s à Soho, Elvis Costello présentait, seul à la guitare et avec une classe folle, une dizaine de chansons de National ransom, son nouvel album, produit pour la quatrième fois par T-Bone Burnett. Album fort de seize nouvelles chansons et inégal parce qu’un peu (trop) long.

Mais l’auteur de « My aim is true » ou de « Watching the detective » y décline son indéniable talent. Chansons plus poignantes et mélancoliques côtoient mélodies enlevées et carrément rock. Du Costello pur jus, en somme.

Nous l’avons rencontré en fin d’après-midi dans l’Imperial Bedroom de son hôtel londonien. Et qui s’est révélé un interlocuteur aussi courtois et drôle que passionnant.

Votre dernier album, « Secret, Profane & Sugarcane » a été enregistré en trois jours. « National Ransom » en onze. C’est important d’enregistrer aussi vite ?

Ce n’est pas toujours le cas. Imperial Bedroom a pris plus de temps : on ajoutait plein d’éléments à l’enregistrement de base. Même chose avec Spike, parce que nous l’avons fait avec des musiciens différents, dans plusieurs studios. Ce nouveau disque, c’est une combinaison. Du rock, de l’acoustique, des chansons plus douces.

Vous êtes très prolifique. Comment les chansons vous arrivent-elles ?

De ce qui se passe dans le monde ou dans ma vie. Certains éléments remontent ensuite à la surface et te donnent le matériau pour écrire une chanson. J’aime ce disque parce qu’il est rempli de contrastes. « National ransom », la chanson, est une sorte de « comic » bien noir qui contraste avec « Jimmie standing in the rain ». L’histoire d’un homme à la recherche de réconfort dans un paysage gris et maussade des années trente.

De la même manière que « Church underground » contraste avec « You hung the Moon ». Vous aimez cette balance entre poésie et commentaire social ?

Ce n’est pas une question d’aimer ou de ne pas aimer. Je situe « Church underground » à la fin des années quarante. Il n’est pas interdit de faire des ponts avec notre époque actuelle même si la mélodie est enjouée. « You hung the Moon » est spécifiquement écrit en pensant à la science. Après la première guerre mondiale, beaucoup de personnes souhaitaient entrer en contact avec leurs proches disparus pendant le conflit. Pourquoi écrire cette chanson aujourd’hui ? Sans doute parce que nous voyons des images de cercueils de soldats embarquer dans des avions. Est-ce que la chanson parle de cela ? Bien sûr que non. Sauf que, lorsque vous vous mettez à penser à quelque chose, il y aura toujours un élément déclencheur inspirant.

On peut relier aussi « One bell ringing », que vous situez au moment des attentats dans le métro londonien en juillet 2005 à « You hung the Moon » ?

Oui, il y a un lien. Le déclencheur de « One bell ringing », c’est la mort de ce Brésilien abattu par erreur par la police dans le métro alors qu’on le prenait pour un terroriste. Ce n’est pas une protest- song. C’est plutôt une chanson où je me lamente de vivre dans une époque suffisamment paranoïaque et effrayante pour générer ce genre de drame.

L’époque paranoïaque que vous venez d’évoquer influe-t-elle sur votre manière d’écrire ? Revenez-vous à des chansons plus sociales ou sociétales comme c’était le cas par le passé ?

Certaines chansons ne décrivent pas spécifiquement une époque. « Scarlet Tide » a été écrite bien avant qu’elle ne figure dans le film Cold Mountain. À la base, elle fait plus allusion à des conflits actuels qu’à la guerre de Sécession. Une chanson peut avoir une autre signification aujourd’hui mais la raison de la chanter existe toujours. Je pense à « Ship building » écrite pendant la guerre des Malouines en 1982 et qui a encore un sens aujourd’hui.

Fin juin 2010, vous annulez deux concerts en Israël afin de protester contre l’humiliation des Palestiniens par les autorités israéliennes. Une décision difficile à prendre ?

C’était complexe. On m’a accusé de soutenir les terroristes. C’est absurde. Nous savons tous que c’est insensé. Que certaines fractions comme le Hezbollah ou le Hamas mettent de l’huile sur le feu. Il faut rester humble par rapport à une situation aussi compliquée. Je n’ai jamais joint une organisation politique de ma vie. Ma décision n’est ni une menace contre Israël ni un soutien au terrorisme. C’est une décision personnelle. Parce que je ne pense pas que l’isolement soit quelque chose de productif.

Vous avez travaillé avec énormément de gens. Comment trouvez-vous votre place lorsque vous écrivez avec Paul McCartney ou Burt Bacharach ?

C’est marrant parce que Neil Diamond me disait récemment que nous étions les deux seuls à avoir travaillé avec Burt Bacharach. D’habitude, ces gens-là, n’ont pas besoin d’aide. Avec Paul McCartney, il est hors de question de se prendre pour John Lennon, même si vous voulez être à la hauteur. Je me souviens m’être retrouvé en studio avec Johnny Cash. C’était incroyable. En fait, Nick Lowe avait épousé Karleen, la belle-fille de Johnny. J’étais pour ainsi dire un ami de la famille. Ce sont des expériences incroyables et remarquables. Ce qui ne m’empêche pas garder en tête que mon premier boulot consiste à écrire des chansons.

bio express 1954. Naissance de Declan Patrick MacManus le 25 août à Londres.
1977. Sortie le 25 mars de « Less Than Zero », premier single sur le label mythique Stiff. Et fonde dans la foulée ses célèbres Attractions.
1979. Premier vrai succès commercial avec Armed Forces et le single « Oliver’s army ».
1985. Produit Rum, Sodomy and the Lash des Pogues.
1993. Incursion classique avec le Brodsky Quartet.
1999. Reprend « She » d’Aznavour pour Notting Hill.
2005. Compose The secret songs pour l’Opéra royal de Copenhague.

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Le Soir, November 4, 2010


Phillipe Manche interviews Elvis Costello regarding his new album National Ransom.


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