Best, February 1979

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Puzzle rock

Elvis Costello / Armed Forces

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  Bill Schmock

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Tiens, vous pouvez imaginer la liste des dix meilleurs albums de l'année 78 sans « This Year's Model » ? Pas moi, pas un instant. Costello, il a un fanatique toute catégorie, le genre borné, prêt à tout avaler, tout de suite, sur-le-champ, sans salive et sans rechigner. J'en suis là. Gaga et plutôt sot. Le truc a commencé à me prendre avec « My Aim is true », pas aussitôt, le disque a bien failli s'égarer dans la pile de ceux qu'on n'écoutera jamais. Costello c'est une matière qui se mijote, tranquille, le style de passion à long terme. Ça se découvre à petits jets et ça s'incruste avec ses tics, ses sournoiseries et ses éclats. Tout un contexte dont vous apercevez qu'il n'existe pas ailleurs, nulle part. Et puis « This Year's Model » et le truc qui me colle à la peau, indélébile, net. Et ça passe par le même chemin, faut débroussailler encore qu'il soit plus abordable que My Aim Is True ». J'avais pas fini de m'en délecter de « This Year's Model », pas fini de consommer, de découvrir, de m'imprégner et voilà le troisième. Vous voulez connaître mon opinion sur « Armed Forces », là sur le vif, à l'instant ? Gee, moins bien que les précédents, mais j'ai la chose que depuis trois jours, attendez deux semaines, les fouilles. Parce que Costello c'est un puzzle et pas n'importe lequel, un puzzle en forme de labyrinthe. Alors vous cherchez d'abord les pièces, vous reconstituez le puzzle et c'est là que tout commence, essayez de vous y retrouver dans ce foutu labyrinthe. C'est une histoire sans fin. L'obscurité des textes de Costello, c'est une bénédiction des dieux. Lorsque vous avez finalement découvert la signification des mots, vous vous trouvez devant un texte dont le sens vous échappe totalement mais dont l'allure vous a une de ces séductions. Et ne vous attendez pas à ce qu'il s'en explique, Costello est un type assez teigneux pour fuir les interviews comme la gangraine des temps modernes. Ne vous attendez pas non plus à ce qu'il imprime les textes sur ses pochettes de disques, j'imagine qu'il cultive ce mystère avec un plaisir jaloux. Non, le Costello préfère jalonner sa carrière de petites flèches, de petites embrouilles, de petites différences qui font les grandes légendes. La pochette de « My Aim Is True » en sept couleurs différentes, les photos de « This Year's Model » ainsi que certains morceaux qui différent selon les pays. Le roi du collector's, Costello, le prince des maniaques. Il remet ça avec la pochette de « Armed Forces », un nouveau puzzle. Un design façon Bazooka, des bouts de carton de tous les côtés, des cartes postales et un E.P. en prime. Un bel objet. Costello se forge une image avec l'obsession du détail. Mais c'est pas du préfabriqué, non. Je me rappelle, c'était à l'Eden studio à Londres, Telephone avait terminé l'enregistrement de son disque et sortait son matériel tandis que Costello testait déjà sa guitare, juste quelques accords pour l'ingénieur du son et devinez quoi ? Il avait les jambes en X comme sur les photos. Il est comme ça, Costello, juste quand on croit pouvoir le coincer, c'est pas du bluff. C'est un faiseur oui, mais juste un faiseur d'histoires, le genre à gerber sur les journalistes ou sur son public. Megalo en diable et parano en plein, voyez le tableau. Et avec ça pas moyen de connaître quelque chose sur son passé, avant qu'il entre chez Stiff en 76. Le mysterioso de la vague nouvelle. Bon je vous offre une phrase pensée : l'avenir appartiendra à ceux qui ont un style. Et le style, Costello, c'est pas ce qui lui manque, immédiatement identifiable, peut pas se défiler. Avec « Armed Forces », il a forcé sur les arrangements, du grand art, fouillé, manigancé avec préméditation. On pourrait presque le taxer d'un esprit Beatles, si on n'avait pas peur, c'en est pas loin. Les choeurs, les refrains, jusqu'aux glissendos de la basse, et l'utilisation des claviers. Là aussi, il a mis le paquet sur les claviers, partout, « Oliver's Army », « Accidents will happen », « Big Boys » et toujours avec un accent particulier. Gaffe, ne vous attendez pas à révisionner les Fabs, c'est simplement une manière d'appréhender la finition. Mais Costello viserait tout spécialement le marché américain que ça ne m'étonnerait pas plus que ça. Des mélodies propres, un son taillé sur mesure, les interventions des Attractions façonnées méticuleusement, si le coup est bien monté on aura droit au remake de « Un géant chez les Yankees » en panavision. Costello, c'est l'Anglais le plus américain de la vague nouvelle. Du coup, les compositions, l'attaque des instruments sont bien moins violentes que sur « This Year's Model ». Tiens, une parenthèse pour le même prix : le E.P. gratuit zé en direct n'est pas une réussite, à l'inverse du 45 t. qui accompagnait les premiers tirages du précédent, et reflète plutôt mal la performance du groupe sur scène. La version de « Accidents will happen » ne ferait pas peur à Elton John ni celle de « Watching the Detectives » à Kansas. Bon, la face B est dans l'ensemble plus efficace que l'autre, ne seraitce que pour les deux premiers morceaux. « Goon Squad » est le type parfait de composition pour un générique de James Bond, guitares étirées, basse syncopée et rythmes martelés et les canons sciés qui crachent sur les vitres blindées. « Busy Bodies » est un tube, refrain soutenu, mélodie facile, riffs de guitares évidents, le tout réparti avec un équilibre choisi. Quant à la voix de Costello, elle module tout ce qu'elle peut, zigzague autour de la mélodie, accroche et puis décroche les thèmes. Une voix FM, spécial TSF. Je prends Costello pour un héros en attente, un héros sur le pied de guerre, et si c'est pas pour cette fois ce sera pour la prochaine. Vous êtes prêts pour les forces armées?

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Best, No. 127, February 1979


Bill Schmock reviews Armed Forces.


Also includes a report on one of the Dominion Theatre concerts, December 18-24, 1978, London, England.

Images

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Photo by Jean-Yves Legras.


Elvis king?


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This year's model est reconnu par tous les amateurs de musak comme summum de la réussite, Costello garanti génie de tous les côtés de l'Atlantique. Le Melody Maker, canard réac, propulse « This year's model » album de l'année. Elvis is King, qu'ils disaient à Stiff, avant qu'Elvis, et leur boss, Jake Riviera, ne les laissent tomber et aillent le prouver à l'échelle internationale. Le nouveau talent.

Moi, j'I'aime pas, Elvis. Ses deux disques m'ennuient, ses paroles me déçoivent ou me hérissent, sa voix me fatigue et le talent qu'il possède effectivement est noyé dans un océan de prétention. La façon méprisante de se tenir sur scène qu'il a exploitée de plus en plus sérieusement ces derniers mois a achevé tous mes espoirs de surmonter mon aversion contre son antipathie galopante. Ça l'amuse de refuser les photos, les interviews, et de mépriser son public en concert. Celui du Dominion theatre de Tottenham court road, le mois dernier, n'a pas échappé à la sempiternelle règle. Première partie fut assurée avec classe par le vrai génie de service, mais sans la prétention, j'ai nommé John Cooper Clarke, dont le superbe album, « Disguise in love » semble mal barré pour voir le jour en France, soyez-en avertis et désolés. Surprise : Entre les deux, ce fut Richard Hell et ses Voidoids tous neufs qui assurèrent un set de qualité, tout en décontraction. Ils se sont faits jeter par la clientèle d'étudiants en fiançailles, évidemment.

MAIS PLACE A LA STAR DE LA SOIRÉE, LADIES AND GENTLEMEN, J'AI NOMMÉ ELVIS! ELVIS!!

Ils arrivent au pas de course, et embrayent aussi sec sur trois morceaux sans intervalle. Le quatrième commence. Gros beat sur la batterie, Elvis s'avance, goguenard. « Hey, nous sommes prêts pour vous, est-ce que vous êtes prêts pour NOUS ? » « Ouuuaaaaais ! » crie un mec au fond. Cinq fois plus tard, il obtenait une réponse satisfaisante et enchaînait sur « I don't wanna go to Chelsea ». A partir de là, le public était à ses pieds, et tout passait sans problème, le public ébloui applaudissant à tout rompre à chaque morceau, bon ou mauvais. Elvis est sur le devant, éclairé par un fabuleux jeu de lumières le mettant parfaitement en valeur, lui et sa Fender Jazz master dont le manche est orné des lettres d'or tracées main, « Elvis Costello » sur toute la longueur. Eeeeenfin. Tout est parfait, le show, le public, les éclairages, le groupe, et la personnalité insupportable d'Elvis. Et moi qu'arrive pas à aimer alors que je vénère un autre prétentieux pas triste comme Lou Reed...

Trois quarts d'heure plus tard, Elvis, pas satisfait de la conduite du public pourtant excellent, se barre. Les rideaux se ferment et tous les applaudissements unanimes du monde ne suffiront pas à le faire revenir. Les cadres et les étudiants, déçus, rentrent se coucher. Mon voisin me souffle : « C'est pas possible, s'il ne revient pas, c'est l'émeute. » Ne s'est rien passé. C'est ça, le public d'Elvis Costello. Et moi, comment ai-je pu laisser passer une aussi grande photo de ce mec-là dans cette rubrique ? ! ? Suis probablement impressionné, comme tout le monde.


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Cover.

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