Corse Matin, August 8, 2013

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Corse Matin
  • 2013 August 8

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Elvis Costello à Monaco

"Je me suis toujours senti hors système"

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   Philippe Dupuy

Elvis Costello a terminé sa tournée européenne à Monaco, où il jouait avec les Imposters dans le cadre du Sporting Summer Festival. Désormais reconnaissable à son inséparable galurin (en plus de ses lunettes à grosses branches), "l'autre Elvis" a donné un set très rock, accompagné de ses fidèles et bien mal nommés Imposters (Steve Nieve, Pete Thomas, Davey Faragher). Au menu : un "Best of" des chansons de sa déjà longue carrière ( "Mystery Dance," "Radio, Radio," "Everyday I Write The Book," "Watching The Detectives," "Pump It Up," "Peace, Love And Understanding," "I Want You," "Alison"...), exécutées à fond la caisse, sans fioritures inutiles, mais avec coeur et générosité.

Le punk rocker anglais, qui fêtera ses 59 ans à la fin du mois, n'a décidément rien perdu de son mordant, ni de sa capacité de séduction. En fin de concert, iĺ est descendu dans la salle interpréter, façon crooner, les chansons les plus romantiques de son répertoire (dont le fameux "She" écrit par Charles Aznavour pour la BO de Coup de Foudre à Notting Hill), esquissant même quelques pas de danse avec des spectatrices ébahies. L'un des meilleurs moments du Sporting Summer Festival... Pour un public, hélas, très clairsemé (300 personnes à tout casser).

Quelques heures plus tôt, j'avais pu rencontrer Costello à son hôtel, tout fraichement débarqué de Norvège où il jouait la veille, mais déjà sur son 31 (avec son désormais inséparable galurin et une chemise à pois), "par respect pour le photographe" (sic). Tout étonné qu'il soit aussi cool, disponible, drôle et attentif (je ne sais pas pourquoi, je me l'imaginais mauvais coucheur, genre Lou Reed), j'ai pu converser avec ce parfait gentleman pendant près d'une heure au bar de l'Hermitage. On a parlé de son nouvel album, Wise Up Ghost, à paraitre le 17 septembre, de sa carrière, de ses modèles, d'Elton John (avec lequel il devait partager l'affiche à Londres et qui a annulé sa tournée pour raisons de santé) et même des Clash, avec lesquels il a débuté en 1976-77...

Vous souvenez vous de votre première venue à Monaco ?

Oui, c'était il y a 4 ou 5 ans, au mois d’aout pour mon anniversaire. Il y a eu un feu d'artifice : je croyais qu'on le tirait en mon honneur ! (rires)

Le dernier concert d’une tournée, c’est spécial?

Oui, toujours un peu. On est à la fois contents de rentrer à la maison et tristes que ça se termine. Pendant cette tournée, on a joué devant des foules gigantesques en festival, comme à Glastonbury devant 80 000 personnes avant les Stones, et dans de tout petits clubs comme à Berlin devant 200 personnes, avec un répertoire énorme puisque la setlist était tirée au sort chaque soir. Sauf à Monaco et à Las Vegas où ils ne veulent pas de concurrence avec la roulette! (rires). Ca a soudé le groupe autour d'un répertoire dont on a redécouvert les capacités. Je me suis rendu compte, au passage, que j'avais fini par jouer plus de temps avec les Imposters qu'avec les Attractions...

Pourtant, vous avez choisi d’enregistrer votre nouvel album avec un groupe de hip-hop, The Roots, plutôt qu’avec les Imposters. Pourquoi?.

C’est plutôt eux qui m’ont choisi. Ca s’est fait un peu par hasard. Je les avais rencontrés sur le show de télévision de Jimmy Fallon et je leur ai demandé de venir sur mon propre show pour Sundance Channel. On a commencé à travailler sur un morceau, puis un autre et au bout de cinq ou six mois, on s’est aperçu qu'on avait de quoi faire un album entier. Le son ne sera pas forcément celui du single. Toutes les chansons ne se ressemblent pas. Il y a un peu de tout, mais forcément, vue la façon dont ils travaillent, ça sonne plutôt hip hop et funk. Avec ma voix par dessus, ça reste du rock'n'roll, je suppose.

Tournerez-vous avec eux pour la sortie du nouvel album ?

Je ne sais pas si pas si on arrivera à planifier une tournée entière. Ils sont très pris, mais j'espère qu'on pourra quand même faire quelques shows ensemble. En attendant, je vais recommencer à tourner en solo aux Etats Unis en novembre. J'appelle ça le "tour du centenaire," parce que c'est le type de concerts que je pourrai encore donner quand j'aurais cent ans (rires). C'est intimiste, mais on peut quand même arriver à faire un peu de bruit avec juste un piano et une guitare...

Du rock à la musique classique et à l'opéra, en passant par le jazz et la country, vous avez composé dans presque tous les genres musicaux. Y-en-a-t-il un que vous ne pourriez pas aborder?

Pour moi, la musique ne se range pas dans des cases : c’est affaire de rencontres et d’échanges. Il n’y a aucun genre que je m’interdis d’aborder. J'aime toutes les sortes de musique. Si quelqu'un venait me proposait de composer un disque de dance et qu'il ait de bonnes idées, je tenterai certainement le coup. Le coté positif de la crise du disque, c'est qu'on est à l'abri d'un trop grand succès de ventes aujourd'hui. On peut se permettre d'expérimenter plus facilement, d'essayer des trucs différents. Ce qui est la base de la musique après tout : essayer, échanger, collaborer, jouer. C'est ce que j'ai toujours fait, sans en attendre des miracles. Mais c'est comme ça que les choses arrivent: si on m'avait dit à mes débuts que j'écrirais des chansons avec Paul McCartney, je ne l'aurais pas cru !

Quand vous avez débuté, les Clash chantaient "Plus de Stones ni de Beatles en 1977." Quel effet ça fait de chanter en première partie des Rolling Stones et de travailler avec Paul McCartney, presque 30 ans après?

Ils chantaient ça, mais est-ce qu'ils le pensaient vraiment ? Je ne crois pas. A quoi ressemblent "Train in Vain" ou "Should I Stay Should I Go" sinon à des chansons des Stones? Quand on est jeune et qu'on débute, on est tenté d’exagérer sa propre importance par rapport à ce qui existait avant pour s'imposer. Joe avait le don pour écrire des paroles en forme de slogans mais je préfère quand même les paroles de "Hammersmith Palais" qui sont incroyables quand on pense que c'est une de ses premières chansons. Pareil pour "Straight To Hell." Je me souviens être passé au studio pendant qu'ils enregistraient "London Calling." Je n'imaginais pas assister à quelque chose d'historique: ça ne sonnait pas terrible, il y avait dix tonnes de reverb. Par rapport à ce que je faisais à l'époque ça me paraissait surproduit. Mais ils ont eu raison de suivre leur idée, évidemment.

Quelle idée vous faisiez vous de votre propre carrière à l'époque ?

Je n'avais aucun plan de carrière, vraiment. Je travaillais dans un bureau, j'ai fait écouter mes maquettes à différentes maisons de disques et on ne m'a pas beaucoup encouragé, c'est le moins qu'on puisse dire (rires). Alors je suis allé voir ce nouveau label Stiff Records qui signait les gens comme moi, les recalés d'ailleurs qui n'entraient dans aucune case. J'étais le premier à frapper à la porte, mais ils ont quand même sorti onze disques avant le mien. J'ai dû attendre mon tour. Finalement, ça m'a plutôt servi parce qu'au moment ou mon single est enfin sorti, l'image de Stiff "Home of the Misfits" (la maison de disque des parias), était établie et elle m'a bien servi.

Vous faisiez partie du mouvement punk, mais votre musique se rapprochait plus du pub rock...

J'aurais bien voulu faire partie de la scène pub, mais je n’étais pas assez bon pour ça ! (rires). Je ne me sentais pas faire partie d'un mouvement ou d'un autre à vrai dire. Je me suis toujours senti hors système. Je ne pensais pas avoir jamais le moindre succès a la BBC ou à la télé. Je n'aimais pas leurs Djs, ni leurs présentateurs, ni leurs émissions: il fallait jouer en playback , je trouvais ça parfaitement ridicule.

Quels étaient vos modèles ?

Nick Lowe a été mon premier modèle. En tout cas, c'était le premier musicien que je connaisse à être dans un groupe. J'avais rencontré des musiciens avant, car mon père était chanteur à la radio et j'allais avec lui aux enregistrements. J'ai même serré la main de Graham Nash une fois, sans savoir qui c’était. Nick a été le premier à me faire penser que je pouvais le faire moi aussi. Avant ça, je me disais que je n'arriverais jamais à chanter comme les chanteurs que j'aimais: Lowell George, Rick Danko, Van Morrison, Dusty Springfield... Surtout Springfield qui était mon préféré (je sais ça parait dingue aujourd'hui). Du coup, je n'avais pas vraiment de modèle. J'ai emprunté un peu a tous, en chantant sur les disques. La plus grande part de la musique populaire n'est que de l'imitation puisqu'elle n'est pas écrite. On apprend en écoutant et en imitant. C'est ce que j'ai fait.

Choisir Elvis comme prénom de scène, c'était ironique

C'était l'idée de mon manager: une provocation, bien entendu. Mais il faut croire que c'était une bonne idée puisqu'on continue à me poser la question après tout ce temps.

Au quotidien , c'est pas un peu lourd à porter?

Non. Mon nom de famille est réservé à ma famille, je ne réponds pas aux gens qui l'emploient si je ne les connais pas. Si on me connait a travers mon travail, on doit m'appeler par mon nom d'artiste. C'est une excellente tradition du show business. Little Richard, Count Basie, Screamin' Jay Hawkins... J'adore leur nom de scène. Quand on prononce le nom de Cary Grant, on ne visualise pas tout à fait la même chose que si on l'appelle Archie Leach, n'est ce pas?

Quel est, selon vous, votre plus grand accomplissement ?

M'être débrouillé, malgré tous mes défauts et le bordel de ma vie de musicien en tournée, à préserver l'amour de ma famille et de mes enfants. Je suis aussi très heureux et fier de la relation que j'ai nouée avec les musiciens qui m'accompagnent et du plaisir qu'on a à jouer ensemble. En même temps, je suis très conscient qu'il est nécessaire d'essayer d'autres trucs, de jouer avec d'autres gens. On ne peut pas passer sa vie à essayer de refaire éternellement ce qu'on a fait il y a trente ans. Si le nouvel album avec The Roots ne sonne pas comme ceux que j'ai pu faire avant, c'est tant mieux.

Des nouvelles d’Elton John, avec lequel vous deviez partager l’affiche à Londres et qui a annulé son concert du Sporting et le reste de sa tournée pour raison de santé?

Oui, je l’ai eu au téléphone. Il va mieux et récupère bien.Ca a été un crève-cœur pour lui de devoir annuler des concerts, il déteste ça. C'est un gros bosseur, il n'aime pas décevoir son public. Mais parfois il vaut mieux s’arrêter que de risquer d’envenimer les choses. Il a fait le bon choix et je suis certain que vous le retrouverez bientôt en pleine forme.

Après vous, Joe Cocker est programmé au Sporting Summer Festival. Quelle question lui poseriez-vous si vous le receviez dans votre émission ?

Pourquoi il n'a jamais chanté une de mes chansons ? Il y en a au moins douze qu'il pourrait reprendre et ce serait super. C'est un sacré chanteur. Voici ce que je lui dirais: "Il n'est pas trop tard, Joe !" (rires)




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Corse Matin, August 8, 2013


Philippe Dupuy interviews Elvis Costello following his concert with The Imposters, Wednesday, August 7, 2013, Sporting d'Ete, Salle des Etoiles, Monte Carlo, Monaco.

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