Journal de Genève, July 12, 1991

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Journal de Genève

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Du rock pour la route

Festival de Montreux

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   Thierry Sartoretti

Soiree «rock’n’roll» mercredi á Montreux. Appellation curieusement contrôlée pour un concert qui réunissait des pointures du «blues» américain et ce génie écorché qu’est Elvis Costello. Cinq artistes pour plus de six heures de musique. John Hammond, Charles Brown, Bonnie Raitt, Robert Cray, Costello and the Rude Five (son nouveau groupe): nu plateau musical tellement copieux qu’il fut presque difficile à avaler. La nuit blanche avec George Clinton (la vielle) laissait quelques traces sur la forme du spectateur assidu.

En avance sur l’horaire, John Hamilton. L’homme débarque seul sur la scène. Il est huit heures et le casino est assis sur le tapas. Citadin new-yorkais, dans un costume aussi immacule que sa peau, il gratouille une guitare acoustique tout en s’accompagnant d’un harmonica. Du blues de péquenot, comme en jouaient les premiers noirs du Missisissipi. Le papa de John était producteur et archiviste, Le fils devenu musicien conserve cette mentality de chasseur de sons. Du blues de bibliothéque en somme. Que l’on écoute d'une vague oreille.


La classe, Charles Brown! Emballè dans une tenue d’amiral d’opérette. le pianiste porte ses 67 printemps avec le sourire. Californien, bluesman,, des boites de nuit et grand inspirateur du crooner Ray Charles. Charles Brown la joue swing et feutrée. l’Orchestre marche sur la pointe des pieds, semi-acoustique et réduit a la formule guitare-basse-batterie. Sur ce tapis de velours, voix ample et clavier lèger se déploient dans la douceur.

Drifting Blues, millièsmé début 1950. sonne comme une invitation á porter le smoking. Bad, Bad, Whiskey lance des clins d’oeil au bar d’un Club Savoy imaginaire. Un gentleman, est passé.

Blues, mais plus souvent soul, rhythm ‘n ‘blues, country voir simplement rock.’ Bonnie Raitt possède cette assurance des vieux routiers «à qui on ne la fait pas», Chevelure rousse et collection de guitares sur le bas cõtè de la scène, la dame débute dans les rythmes chaloupes. Le public est maintenant levé et ondule tranquillement. Ce rock est calibre pour la route et les auto-radios. Pas pressé ni stressé mais jamais mou non plus. Une reprise d’un slow soul, des ballades qui fleurent bon les piqueniques à la campagne. Bonnie Raitt survole l’heritage musical américain avec l'aisance d’une connaisseuse qui ne se veut jamais scolaire, La mécanique tourne á la perfection mais ronronne un peu. Ces autoroutes du midwest manque tellement de virages…


Une pause trop longue et Robert Cray débarque en fanfare. C’est à dire avec les Memphis Horns, venus renforcer son groupe habituel. Une fanfare qui se résume à une paire: un grand Noir et un petit Blanc. Andrew Love au saxo et Wayne Jackson á la trompette, séve de toute l’histoire du rhytm, ‘n ' blues noir d’Otis Redding à Aretha Franklin.

Du coup, le blues sans calories (l’école Eric Clapton) de Robert Cray se retrouve «overdose» de vitamines, groupe pulse, hisse les voiles et la voix nasale de Cray devient presque le rugissement d’un chanteur soul. Bluesman moderne (entendez jeune et surtout fringué avec des habits de notre époque), Cray perd ainsi son côté parfois high tech pour renouer avec la tradition des années 60. Dense, la foule apprécie. Mais l’heure tourne.


Des préparatifs interminables et un ballet d'ingênieurs du son éteignent un public en voie de fatigue. Il est largement passé une heure du matin. Ne reste dans la salle, que le carré (trés nombreux) des fans d’Elvis Costello. Ceux qui ont stoiquement attendu la venue du maitre, brasant les baillements et les précédents concerts de la soirée. Ceux qui applaudissement un arrangement bien troussé et reconnaissent immediatement un infime changement dans un texte. Les paupières subissent lourdement l’apesanteur mais les pieds restent nerveux. On se masse au bord de la scene, histoire de ne pas perdre un clin d’oeil, un geste infime du maȋtre,

Il débarque enfin. Barbu, gominé, sapè en sombre et caché derrière des verres fumés. Costello attaque immédiatement le concert, sans préambule ou salutation. Deux titres s’enchainent et l’homme lâche nerveusement un bref bonsoir. Les photographes mitraillent: dans quelques instants, ils en seront réduits â pointer un écran de telévision dans la salle du service de presse. Le maȋtre ne veut pas d’objectifs trop insistants. Costello change de guitare, ne sourit pas encore et se lance dans une longe série de ballades intimistes et déchirées. Ses quatre musiciens accompagnent sans defaillance, Normal, avec un bassiste (Jeff Scheff aux cheveux d’argent) qui a fait ses classes chez Dylan et les Doors. Mème genre de pedigree chez le pianiste Lawrence Knechtel alors que c’est toujours le fidèle Peter Michael Thomas qui tient les baguettes depuis les débuts du chanteur.


Costello troque la guitare pour le clavier et son nouveau guitariste Marc Ribot se lance dans une superbes parties surf au son Ventures des annees soixante. Le maître perd petit á petit sa nervosité, se declare heureux et entreprend finalement la relecture des classiques de son repertoire. Les fans hurlent. Costello joue presque deux heures, revient troits fois sur scéne, joue un rock ‘n’ roll des années cinquante. (Bama Lama Lu), un ultime Pump it Up et disparait devant un dernier carré repu, heureux et créve. Il est passé trois heure et la route est longue...

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Journal de Genève, July 12, 1991


Thierry Sartoretti reports on the Montreux Jazz Festival, including Elvis Costello and The Rude 5, Wednesday, July 10, 1991, Montreux, Switzerland.

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