Lausanne Matin, June 28, 2010

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Lausanne Matin

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La teigne à lunettes


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   Jean-Philippe Bernard

Elvis Costello — L’ombrageux mais surdoué rocker anglais sera sur la scène de l’Auditorium Stravinski le mardi 13 juillet.

“L’homme qui voudrait ètre roi “ Tel est le verdict de Nick Kent, prince des journalistes britaniques, lorsqu’il croise Elvis Costello dans un pub, au mois d’août 1977. De fait, Costello, 23 ans a l’epoque, est un gars pressé.

Non content de mener l’interview a coups de triples Pastis, celui qui es ne Declan McManus se voit deja en Dylan de l’ère moderne. My Aim Is True son premier album a l’ecriture seree et aux riffs nerveux, a fait l’effet d’une bombe au moment de sa sortie au printemps precedent. Le petit binoclard teigneux vient de réunir un groupe féroce, les Attractions, et prepare sa conquéte des Etats-Unis a la manière du général Patton.

Un peu trop hiervement assimile a la vague punk qui deferie alors, Costello partage avec cette derniere un refus visceral d’écrire des chansons d’amour “il n’y a que deux trucs qui ce poussent a ecrire: la vengeance et la culpabilite” note Kent dans son livre “The Dark Stuff”. La legende d’un rocker qui ferait passer Lou Reed pour le plus affable des bisou-nours est née. On raconte que l’artiste se balade avec un petit calepin noir dans lequel il note le nom de tous ceux qu’il n’aime pas. Si l’on en juge par la fulgurance de This Year Model, son album de 1978, on ne peut que constater que la haine va bien au garҫon. En cette fin de decennie, il est sans conteste sur le toit du monde. L’Amerique (la cote ouest en particulier) fait un triomphe à ce chroniqueur vachard dote d’un timbre suintant la morgue et la rage aux côtés de musiciens brillants qui taillent à coups de machette un rock hérité de Buddy Holly.

Dès le début des eighties pourtant, Costello modere gentiment ses ardeurs de petite frappe. Il dévoile ainsi ses talents de producteur en peaufinant le grandiose premier album des Specials, groupe de ska qui ne va pas tarder à devenir célèbre dans la monde entier.

Et, surtout, au fil d’ouvrages deroutants mais souvent impeccables (Get Happy!, Almost Blue), le jeune caid commence a partager avec ses auditeurs son impressionante culture musicale. En passant sans effort de la soul vintage faҫon Stax a la pop musique alambiquee apres un detour par les chemins country les moins balises, il pend certes une partie non negligeable de ses fans mais fait son entrée dans l’histoire du rock dans la peau d’un professeur erudite et respectable. Sans le moindre reliche, il aligne les albums, produit Rum, Sodomy The Lash, l’opus mythique du groupe folk irlandais The Pogues (dans lequel sa seconde epouse, Cait O’Riordan, tient la basse), compose pour ses idoles Roy Orbison ou Paul McCartney et commence meme a flirter avec la musique classique des le debut des annees 1990.

Aujourd’hui a bientôt 56 ans, Elvis Costello est une institution de la musique populaire á lui seul. Une encyclopedie aussi, un peu à la maniere d’un Jack White (The Dead Weather est a voir á Montreux le 3 juillet sur la scène de Miles Davis Hall). Si ses incursions dans la musique classique nous inspirez quelques réserves (quel fan raisonnable de “My Aim Is True” a vraiment envie de s’envoyer Il Sogno, variation pompeuse autour da “Songe d’une nuit d’étés de William Shakespeare”), il faut bien admettre que son parcours récent surpasse les coups d’eclat de ses débuts.

En une petite decennia, Costello a grave une poignee de chefs-d’oeuvre incontestables. On pense à Painted From Memory, disque facteux compose avec Burt Bacharach, l'immense compositeur pop des sixties. On pense aussi aux superbes When I Was Cruel, The Delivery Man et Momofuku enregistres avec The Imposters (soit The Attractions en version legerement remaniee). On pense encore a The River In Reverse odyssee soul post-Katrina concotee avec Allen Toussaint, pianiste, compositeur et arrangeur mythique de La Nouvelle-Orleans. On pense enfin au recent Secret, Profane Sugarcane. C’est d’ailleurs cet ouvrage country folk vibrant qui servira de bose au concert de Montreux, prevu le meme soir et sur la meme scene que Diana Krall, son epouse actuelle. Une conclusion provisoire aux allures romantiques pour un auteur majeur, consonne depuis belle lurette sur tous les fronts du combat rock.


Trois Albums Indispensables

My Aim Is True

Un coup d’essai qui s’impose dès la première écoute comme un coup d’éclat discographique. En 1977, Costello se frotte à l’énergie punk et éblouit en alignant des chansons nerveuses remarquablement troussées.


Painted From Memory

En 1998, année ou ce bijou atterrit dans les bacs, l’Elvis anglais est un auteur reconnu. Il n’a donc aucune peine à convaincre Burt Bacharach, génie des sixties, de collaborer avec lui. Le résultat est une collection de chansons pop irrésistibles et pour tout dire carrément magiques.


The River In Reverse

Allen Toussaint, qui cosigne cet album brûlant, avoue que sa rencontre avec Costello constitue l’un des temps forts de sa riche carrière. On le croit. Notre héros à lunettes témoigne ici de sa passion pour le rythm’n’blues sudiste avec un talent et une humilité qui forcent l’admiration.

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Le Matin, June 28, 2010


Jean-Philippe Bernard profiles Elvis Costello ahead of his concert with The Sugarcanes, Tuesday, July 13, 2010, Montreux Jazz Festival, Switzerland.

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Photo by Lionel Flusin.
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Photo by Richard Young.
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