Les Inrockuptibles, April 17, 2001

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Les regards croisés d’Elvis Costello
et Anne Sofie von Otter


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  Franck Mallet

Avec For the Stars, Elvis Costello et la mezzo-soprano Anne Sofie von Otter évitent tous les écueils du projet cross-over et signent sans conteste le disque le plus pop du moment. Interview croisée sur les dessous secrets d’une oeuvre hors norme.

Anne Sofie von Otter, comment passe-t-on du répertoire classique aux chansons d’Elvis Costello?

Anne Sofie von Otter: Si je n’avais connu que Verdi et Puccini, ça aurait été la catastrophe! J’ai toujours fait des choses très variées. Pour ce disque, il y a eu une longue préparation, des échanges de cassettes, des coups de téléphone pendant trois ans. On a chanté ensemble en concert, à Stockholm, puis Elvis m a proposé une série de chansons, Three Distracted Women, que j’ai emportés avec moi lors d’une tournée avec le Quatuor Brodsky, en 1996. On se connaissait donc depuis plusieurs années. Quant à la manière de chanter, j’ai dû me rappeler mes jeunes années, à l’époque où je m accompagnais à la guitare. Il faut dire que j’avais un prof de musique plutôt branché à l’école; il nous mettait un micro et un casque, pour qu’on puisse entendre ce que ça donnait. Moi j’étais fan des Swingle Singers. J’adorais la voix de soprano de la soliste? une Française! Christiane Legrand?, très haletante. Je l’imitais sans arrêt. Mais pour enregistrer For the Stars, j’ai appris sur le tas, avec les conseils d’Elvis.

Elvis Costello: Anne Sofie et moi avons énormément échangé. Cela nous a servi non seulement à connaître nos goûts respectifs, mais aussi à distinguer les chansons les plus belles au plan des arrangements et à orienter ainsi notre vision de nouvelles chansons. J’ai eu la chance d’être présenté à Svante Henryson [pilier du groupe suédois Abba], qui a écrit la musique de Green Song, sur ce disque [et joue du violoncelle] et au Flesh Quartet, qui travaillait déjà avec Anne Sofie en Suède; ensemble nous avons fait trois nouvelles chansons. Anne Sofie a suggéré qu’on enregistre plusieurs de mes anciennes chansons. Le résultat a été un peu différent de l’idée initiale. Du coup, plusieurs d’entre elles sonnent d’une autre manière que les versions originales, plus comme des ballades que des chansons de rock.

Anne Sofie von Otter, comment avez-vous acquis un tel swing?

Anne Sofie von Otter: J’ignore si on apprend le swing. On l’a, ou non. J’ai écouté beaucoup de pop dans mon adolescence. Et encore maintenant. Alors, je ne sais pas, c’est inné?

Elvis, vous avez écrit un certain nombre de chansons, pas seulement pour vous, mais pour d’autres tels que Paul MacCartney ou Roy Orbison. La sophistication d’écriture de plusieurs d’entre-elles a-t-elle un rapport avec votre goût, récent, pour plusieurs partitions classiques?

Elvis Costello: Je n’en vois pas. J’apprécie le classique. J’ai composé pour des musiciens classiques, mais c’étaient mes chansons, on ne peut pas donc considérer cela comme de la musique classique. J’ai composé pour quatuor à cordes, notamment le Quatuor Brodsky que j’ai accompagné en chantant et Anne Sofie a également fait une tournée avec ce quatuor à cordes. Ici il s’agit de chansons. Anne Sofie utilise sa voix naturelle. J’apprécie la voix d’opéra, mais c’est artificiel. J’ai déjà utilisé les techniques de composition classique. Mais ici il s’agit de chansons, d’histoire. Je cherche à créer une intimité entre le chanteur et l’auditeur. Grâce à des techniques de microphones; et les musiciens jouent de façon discrète, pour mettre en valeur la voix.

Plusieurs de vos chansons comporte une structure complexe

Elvis Costello: Pas toutes. À une certaine période, j’ai essayé d’écrire des chansons sur un seul accord, ce qui est délicat. Ecrire une très bonne chanson avec un seul accord’ J’ai presque failli réussir une fois! Bien sûr, j’en connais plus aujourd’hui. J’ai davantage d’expérience. Je n’ai pas reçu de formation académique, mais j’ai appris à jouer des instruments de façon non-conventionnelle, le chant en autodidacte et la composition. J’ai pris des leçons récemment de composition pour mieux communiquer. Cela dit, la sensibilité reste la même; on entend ou pas de la musique. Moi, j’en entends toujours. Parfois ça débouche sur des chansons cohérentes que je peux chanter à d’autres, ou bien je les chante moi-même.

Dans les années 80, vous avez composé ou interprété plusieurs chansons douces, des ballades, notamment pour l’album Almost Blue. Y a-t-il un rapport avec celui-ci?

Elvis Costello: Le problème, c’est que les gens veulent faire du cross-over et choisissent toujours des chansons de Broadway ou de jazz. C’est plutôt difficile de garder une certaine fraîcheur Il vaut mieux se tourner vers des chansons méconnues, quitte parfois à découvrir que si on les a oubliées, c’est qu’il y avait une bonne raison! Il faut faire très attention. Je suis certain que les gens qui écoutent des uvres de qualité, ou qui se passionnent pour la musique classique, ne connaissent pas Brian Wilson; et pourtant, rares sont ceux qui résistent à sa chanson Put your head on my shoulder qui, en un sens, est comparable à une chanson classique. Je pense que nous avons traité ces chansons avec respect; nous n’étions pas intimidés par elles, mais nous voulions nous écarter de leurs versions originales, que ce soient celles de Beach Boys, ou de Tom Waits. Pour Tom Waits, sa voix demeure dans nos mémoires liée à sa chanson Take it with me? mais la composition en elle-même est également superbe, même s’il n’est pas là pour l’interpréter.

En France, on n’utilise guère le terme de “crossover”; pourriez-vous nous éclairer sur ce genre musical?

Elvis Costello: La France est extrêmement riche: vous avez de la pop, de la musique de danse, de l’excellent rap, mais aussi une tradition de chanteurs populaires? qui préexistaient au rock’n’roll. Vous avez Johnny Hallyday, Michel Sardou; mais également tous ces anciens chanteurs. C’est sans doute pourquoi vous n’utilisez pas ce mot. Tout cela co-habite. Vous avez aussi toutes ces musiques d’Afrique du Nord. Vous pouvez écouter la radio, à Paris, et entendre une formidable musique arabe. En Angleterre, en revanche, nous n’avons pas de racines populaires. Bien sûr, il y a la musique folk, mais elle est plutôt détachée de la vie quotidienne. Donc, nous regardons vers l’Amérique. Plus jeune, je me tournais également vers l’Amérique; mes parents regardaient vers la génération du jazz (Frank Sinatra, Ella Fitzgerald et Billie Holliday), lorsque vous étiez plus jeune, vous écoutiez Elvis Presley, Little Richards, mais vous n’aviez tout cela en même temps. Donc, d’une certaine façon, vous autres Français avez eu plus de chance? pas tellement sur le plan du rock, mais plutôt dans le domaine de la ballade.

Nous sommes ici à l’opposé de l’opéra, comment obtenez-vous cette douceur, ce naturel et cette quasi-absence de vibrato?

Anne Sofie von Otter: En fait, ça vient de mon enfance, de ma manière de chanter et de ce que j’entendais à cette époque, sans projeter le son, sans soutenir les notes, la manière d’articuler les consonances. En fait, si, j’utilise le vibrato, plutôt pas mal. Comme Elvis, lui-même. Ce n’est pas proscrit en pop music. Lorsque l’on est en studio dans un tel répertoire, on contrôle bien mieux sa voix, sa façon de chanter face au micro, l’utilisation du casque, la manière dont vous avez le retour de votre voix dans les oreilles. On peut observer ce qui ne va pas. Et Elvis pouvait contrôler également le son dans la cabine d’enregistrement.

Elvis Costello: Oui, on trouve en studio une manière de travailler les nuances, face au micro. En une douzaine de jours, on s’est aperçu qu’il était très facile de faire attention à tous ces détails. C’est tout un art de parler et chanter face à un micro. Bing Crosby savait vraiment faire ça. Tout le mystère de la voix. On imagine tout de suite que la voix chante ou vous parle uniquement à vous, qui êtes à l’écoute. C’est fantastique.

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Les Inrockuptibles, No. 286, April 17, 2001


Franck Mallet interviews Elvis Costello and Anne Sofie von Otter.

Images

2001-04-17 Les Inrockuptibles cover.jpg
Cover.

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