Rock & Folk, November 1980

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Taking Liberties

Elvis Costello

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   Philippe Manoeuvre

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Ah le petit salopard ! Le voilà qui passe au guichet et encaisse son dernier chèque avant de repartir à l'oubli. Elvis Costello. Laissez-moi ricaner ! Vous vous souvenez de la morgue et du mépris qui ont présidé à son lancement ? « Elvis est le Roi », « Elvis par-ci », « Elvis par-là ». Deux, trois ans durant, il a lorgné vers le sommet, faisant feu de tous ses fers, crachant des étincelles suraiguës, traitant les conventions du show business avec un mépris tellement rageur que, passé le premier étonnement, on pouvait légitimement se demander quel démon était venu prendre possession d'un corps aussi contrefait pour en vomir ces radicales remises en cause de tout ce qu'est censée être la musique. Un chant de haine tordu, une attaque sur tous les fronts, une méchanceté vitrioleuse... Pendant des mois, les critiques — qui sont eux-mêmes, et comme Costello, des FRUSTRES — y ont cru. Ont chanté les louanges de cet ange déchu qui se proposait d'exterminer et de raser Babylone — le monde du rock, des managers, des fans.

La plaisanterie a fait long feu, pas vrai, et Elvis Costello est de retour sur le carreau. Son dernier album, une orgie de chansons soul enfilées pied au plancher, n'a pas plu. Et sa meilleure vente reste encore « Watching The Detectives », qu'il traîne comme un albatros mort autour du col, poids mort s'il en fut. Elvis ne sait plus que faire, et peut-être que sa prochaine étape est bel et bien un retour à la norme (et en ce cas, nous suggérons qu'il fasse une tournée des interviewers et supplie, chacun son tour, les derniers rock critiques allemands et italiens de bien vouloir venir lui demander son avis sur le monde moderne). Peut-être que Jake Riviera, son manager mégalomane, va trouver un nouveau deal juteux aux Etats-Unis. Peut-être pas... Alors pendant que son groupe sort le plus pitoyable des albums solo sur F-Beat, pendant que son mentor exécute un chassé-croisé hystérique entre Londres et New York, Costello se renie. Costello sort un album de ses « faces b », un album qui, nous apprend le vice-président de la CBS au dos de la pochette, compile « tous les morceaux rares, les collector's, les bandes inédites ». Si j'ai l'air de renâcler, c'est que j'ai gaspillé pas mal de mon temps et de mon argent durant ces deux dernières années à traquer les morceaux réunis ici. Je possède tous ses singles (donc toutes ces faces b) et les deux 45 tours donnés gratuitement (« My Funny Valentine » aux USA, « Talking In The Dark » à Londres). Je peux même vous dire qu'il manque ici une pièce, la reprise du « Neat Neat Neat » des Damned, offerte aux premiers acheteurs britanniques de « This Year's Model » par Radar.

Que tout ceci ne vous trompe pas sur l'ampleur et la valeur de cet album. C'est peut-être, avec « This Year's Model », le plus parfait des LP du bigleux enragé. A travers ces vingt titres, nous le voyons glisser sans vergogne du country le plus léché, le plus veule (« Stranger In The House ») au rock le plus pur, le plus fondamental.

Costello est, lorsque la pression infecte de ses obligations le relâche, un génie. Imaginons-le bien en studio, achevant un de ces albums acides, la cervelle à demi-cramée par l'effort qui a présidé à l'élaboration du concept, au choix des morceaux. Enfin apaisé, sûr de lui, il sourit — tiens — et enregistre pour rire une bluette bouleversante. Et c'est bel et bien là, dans chacun de ces morceaux apaisés, alors qu'il oublie sa cuirasse teigneuse, qu'il en révèle le plus sur lui-même. Il faut écouter l'effarant « Crawling To The U.S.A. » dans lequel Costello s'affirme tellement avide de séduire l'Amérique qu'il est tout prêt à ramper jusqu'à elle pour parvenir à ses fins. Il faut entendre aussi le surnaturel « Big Tears » (face b de « Pump It Up » sur laquelle joue le Clash Mick Jones) pour réaliser finalement ce que seuls quelques collectionneurs allumés avaient fini par pressentir : le monstre d'orgueil et d'égoïsme cache un petit jeune homme écorché vif. Tel cet écrivain-acteur dont le nom m'échappe, Costello défie les dieux et les hommes, de crainte de prêter à rire. Aujourd'hui, nous l'avons dit, chacun le sait, une réticence terrible du grand public lui confère la plus prestigieuse des auras : celle de l'artiste maudit.

Procurez-vous cet album à n'importe quel prix. Ecoutez-le comme une collection de moments rarés, privilégiés. Lisez les notes, imaginez-vous ces ratés roulant à un train d'enfer, passant d'un studio à l'autre, repartant avec de moins en moins d'illusions à la recherche de cet Eldorado mythique : le disque d'or. Le hit. Le tube. Il doit salement avoir besoin de notre pognon : il a glissé deux (2) petits inédits cachés au milieu de ces vingt morceaux... Qui pourrait résister à ça?

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Rock & Folk, No. 166, November 1980


Philippe Manoeuvre reviews Taking Liberties.

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