Montreal Devoir, July 4, 2006

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Elvis Costello et Allen Toussaint au FJIM - Tout malheur a du bon, même Katrina!


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Sylvain Cormier

C'est Allen Toussaint qui le disait dans le DVD documentaire qui accompagne l'album The River In Reverse, le regard embué, touché par la ferveur d'Elvis Costello, qui le premier est venu à lui après l'ouragan Katrina pour que la musique de la Nouvelle-Orléans vive: «Après nous avoir donné le pire d'elle-même, Katrina va nous donner le meilleur... » Positivisme du désespoir, me disais-je, un brin cynique. Hier, quand je suis parvenu à m'extirper le corps de la salle Wilfrid-Pelletier pour écrire ces lignes — l'âme est restée —, je comprenais très exactement ce qu'il entendait par «le meilleur». Ouste le cynisme! Et encore, le spectacle n'en était qu'à Watching The Detectives, la 18e chanson extraordinairement inspirante des 37 chansons tout aussi extraordinairement inspirantes du programme prévu.

Rien que la moitié, pensez, et déjà, les Crescent City Horns avaient soufflé le plafond de la Place des Arts et révélé un ciel immense, aussi rempli d'espoir que leurs larges poumons de bon air («Big Sam» Williams le tromboniste, quel gabarit, quelle puissance!). Rien que la moitié et Allen Toussaint, le patriarche souriant, le digne successeur du Prof Longhair, le dépositaire de l'âme de la ville du jazz, avait déjà rappelé à tout le monde du bout de ses doigts agiles sur les ivoires que rien ne meurt, et surtout pas une ville de musique comme la Nouvelle-Orléans, tant qu'il se trouve des musiciens pour en propager les bonnes vibrations. Oui, comme l'a écrit et le chantait hier Elvis Costello dans la chanson-titre, on peut «remonter le courant». C'est possible, parce qu'un tel désastre — double désastre, notait Costello, fustigeant le gouvernement américain — fait tout remonter à la surface: la bonté, la solidarité, le courage, mais aussi la colère, la saine colère.

Et c'était un Costello hargneux qui chantait hier ses anciennes (Pump it Up, Deep Dark Thruthful Mirror, Chelsea) comme les toutes neuves, écrites à cause de Katrina et de l'ineptie des décideurs (Broken Promise Land, Six-Fingered Man). Costello, hier, était pour ainsi dire en service commandé, investi de mission, en situation de close-combat: il était là parce que c'était important. Vital. Parce que ses chansons avaient signé un nouveau bail, résonnaient autrement, y compris le répertoire des années punk, qui avait trouvé un futur méritant bataille. Neuf de ses chansons d'hier et d'avant-hier, réarrangées à sa demande par Toussaint, avaient été plongées dans la marmite de la Nouvelle-Orléans et en ressortissaient plus fortes, plus porteuses, plus larges de corps et d'esprit, pleines de cuivres et de piano boogie, sans rien perdre de leur impulsion d'origine. Touchées par la grâce.

Toussaint aussi, bénéficiait de l'occasion, trouvant à travers les ruines laissées par Katrina une brèche par laquelle sa musique, enfin, exultait au grand jour pour le plus grand nombre: la série de standards qu'il a alignés, de Slipping And Sliding à Fortune Teller, parlait aussi fort que le Tears, Tears And More Tears écrit au lendemain de la catastrophe. Le «meilleur» de Katrina, c'est qu'on ne pouvait pas sortir de cette salle autrement que bouleversés, choqués, galvanisés. Plus vivants qu'avant.

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Le Devoir, July 4, 2006


Sylvain Cormier reviews Elvis Costello, Allen Toussaint, The Imposters and the Crescent City Horns on Monday 3 July, 2006 at the Montreal Jazz Festival, Montreal, Canada.

Images

2006-07-04 Le Devoir photo.jpg
Elvis Costello

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