Difference between revisions of "Rock & Folk, June 1978"

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Milwaukee. Elvis Costello monte sur scène pour son second rappel et dédie le morceau "au photographe à qui mes roadies sont en train d'arranger le portrait backstage." En sang, sa pellicule confisquée, le paparazzo a compris qu'on n'essayait pas de photographier Elvis sans ses lunettes.
 
Milwaukee. Elvis Costello monte sur scène pour son second rappel et dédie le morceau "au photographe à qui mes roadies sont en train d'arranger le portrait backstage." En sang, sa pellicule confisquée, le paparazzo a compris qu'on n'essayait pas de photographier Elvis sans ses lunettes.
  
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Elvis Costello, ce 'nouvel ange exterminateur du rock, réussira-t-il là où Johnny Rotten a échoué ? Celui que les Américains ont surnommé "Monsieur Haine" et "Vengeance" approche de Paris à un train d'enfer. Et vous continuez à parler, mais qu'est-ce que vous voulez savoir, au juste ? Des renseignements, une biographie, quelque chose comme ça ? Vous faites partie du FBI, ou quoi ? De toute façon, personne ne sait rien sur lui. Sauf moi. Et ce que je suis parvenu à reconstituer se présente ainsi:
  
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De son vrai nom Duncan Costello, issu de Whitton (Middlesex), marié, un enfant. Ex-employé aux ordinateurs chez Elizabeth Arden (comme en témoigne le vers "Travaillant toute la journée dans l'usine à vanité," extrait de "I'm Not Angry"). A essayé voici deux ans de faire un disque. Ses démos furerit refusés ici et là, les uns au profit de Graham Parker, les autres de Willy DeVille.
  
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C'est vraisemblablement vers cette époque que l'ex-membre du groupe de blue-grass Flip City achète son petit calepin noir. Ce carnet ne l'a plus quitté depuis. Et on raconte que chaque soir Elvis Costello note dedans les noms des "hommes à abattre" lorsque sa position le lui permettra.
  
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Particulièrement réticent à accorder des interviews, Elvis ne s'est jamais expliqué sur son arrivée chez Stiff Records. De fait, la cassette qu'il déposa entre les mains de Jake Riviera contenait une version de « Mystery Dance ». L'enthousiasme dans les bureaux de Stiff fut relatif. On songea à faire couvrir la chanson par Dave Edmunds... jusqu'à ce que Nick Lowe découvre sur une seconde bande la quasi totalité des morceaux qui devaient se retrouver sur l'album ''My Aim Is True'' (Stiff-Barclay). Mais pour commencer Elvis sortit un single, le redoutable "Less Than Zero" qui mettait nommément en accusation les dirigeants du parti nazi anglais (ce qui valut à ce disque un bannissement des ondes aussi sûr que celui qui devait frapper « God Save The Queen », même si l'affaire fut étouffée). Elvis Costello déclare que les Américains n'ont jamais produit un seul groupe de rock valable, ne jamais avoir entendu de disque de Bo Diddley, et confesse une admiration sans bornes pour les Sex Pistols. Sur le b-side de son prochain single, "Big Tears," c'est Mick Jones des Clash qui tient la guitare... ET VOILA, C'EST TOUT !
  
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Ceci dit, tout l'art de Costello transparaît plus magnifiquement que jamais sur son second album, ''This Year's Model''. De façon significative, aucune des trois editions — française-anglaise-américaine — n'est semblable aux autres.
  
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Le détail qui fait toutes les différences ? Une chanson par disque. Prenons juste le cas de celles-là. Je viens de réaliser que la pop-music récente ne présente d'intérêt que replacée dans le contexte des textes.
 
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Par exemple, sur l'édition française (WEA 56 477), en prime vous trouverez le titre "Watching The Detectives." Pour la petite histoire (je sucre tellement les fraises sur ce mec que j'en suis arrivé à ce point-là), Elvis l'écrivit le lendemain du jour où il entendit pour la première fois l'album des Clash. Sur un rythme reggae, il a construit une superbe intrigue policière à la Chandler: ''"Elle se polit les ongles / Pendant qu'ils vident le lac."'' Et attend son destin.
  
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Quant aux Américains, Costello leur a réservé la primeur d'une de ces bombes qui font le ravissement général de tout New York City, des librairies de Greenwich Village au juke boxe du <!-- GBCB--> CBGB — hormis sur les ondes radio ! Car avec le morceau "Radio, Radio," Elvis a signé une attaque si farouche, si cruelle, si venimeuse qu'elle mérite l'achat immédiat du disque en import (CBS 35 331). ''"Je veux mordre la main qui me nourrit / Je veux la mordre si fort / Qu'ils regretteront de m'avoir jamais connu / La radio est entre les mains d'une bande de crétins / Ils essaient d'anesthésier vos sentiments."''
  
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Elvis Costello, vingt-trois ans, est dans ce business pour se venger. Soyons donc assurés que l'industrie. va réagir. Si l'on a promis à McLaren une paire de chaussures en béton (déclaration in ''Rolling Stone'' n° 264), il reste uniquement à savoir combien de temps Jake Riviera (le manager d'Elvis) pourra tenir. D'ici là... Elvis Costello et ses Attractions sont à peu près les seules personnes que j'aie envie de voir sur une scène.
  
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Jè reparlerai après le show de la basse vulgaire et moite de <!-- Pete Thomas --> Bruce Thomas, mais surtout et encore de l'orgue hanté de Steve Naive. Celui-ci produit un nuage d'électricité défoncée et vous glace plus sûrement le sang que tous les synthétisers du monde. Et la sardonique guitare d'Elvis? Et sa voix ? Elvis is king, les gars !
  
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Elvis de poche


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   Philippe Manoeuvre

Les Américains l'ont surnommé "Mr Vengeance"

Milwaukee. Elvis Costello monte sur scène pour son second rappel et dédie le morceau "au photographe à qui mes roadies sont en train d'arranger le portrait backstage." En sang, sa pellicule confisquée, le paparazzo a compris qu'on n'essayait pas de photographier Elvis sans ses lunettes.

Elvis Costello, ce 'nouvel ange exterminateur du rock, réussira-t-il là où Johnny Rotten a échoué ? Celui que les Américains ont surnommé "Monsieur Haine" et "Vengeance" approche de Paris à un train d'enfer. Et vous continuez à parler, mais qu'est-ce que vous voulez savoir, au juste ? Des renseignements, une biographie, quelque chose comme ça ? Vous faites partie du FBI, ou quoi ? De toute façon, personne ne sait rien sur lui. Sauf moi. Et ce que je suis parvenu à reconstituer se présente ainsi:

De son vrai nom Duncan Costello, issu de Whitton (Middlesex), marié, un enfant. Ex-employé aux ordinateurs chez Elizabeth Arden (comme en témoigne le vers "Travaillant toute la journée dans l'usine à vanité," extrait de "I'm Not Angry"). A essayé voici deux ans de faire un disque. Ses démos furerit refusés ici et là, les uns au profit de Graham Parker, les autres de Willy DeVille.

C'est vraisemblablement vers cette époque que l'ex-membre du groupe de blue-grass Flip City achète son petit calepin noir. Ce carnet ne l'a plus quitté depuis. Et on raconte que chaque soir Elvis Costello note dedans les noms des "hommes à abattre" lorsque sa position le lui permettra.

Particulièrement réticent à accorder des interviews, Elvis ne s'est jamais expliqué sur son arrivée chez Stiff Records. De fait, la cassette qu'il déposa entre les mains de Jake Riviera contenait une version de « Mystery Dance ». L'enthousiasme dans les bureaux de Stiff fut relatif. On songea à faire couvrir la chanson par Dave Edmunds... jusqu'à ce que Nick Lowe découvre sur une seconde bande la quasi totalité des morceaux qui devaient se retrouver sur l'album My Aim Is True (Stiff-Barclay). Mais pour commencer Elvis sortit un single, le redoutable "Less Than Zero" qui mettait nommément en accusation les dirigeants du parti nazi anglais (ce qui valut à ce disque un bannissement des ondes aussi sûr que celui qui devait frapper « God Save The Queen », même si l'affaire fut étouffée). Elvis Costello déclare que les Américains n'ont jamais produit un seul groupe de rock valable, ne jamais avoir entendu de disque de Bo Diddley, et confesse une admiration sans bornes pour les Sex Pistols. Sur le b-side de son prochain single, "Big Tears," c'est Mick Jones des Clash qui tient la guitare... ET VOILA, C'EST TOUT !

Ceci dit, tout l'art de Costello transparaît plus magnifiquement que jamais sur son second album, This Year's Model. De façon significative, aucune des trois editions — française-anglaise-américaine — n'est semblable aux autres.

Le détail qui fait toutes les différences ? Une chanson par disque. Prenons juste le cas de celles-là. Je viens de réaliser que la pop-music récente ne présente d'intérêt que replacée dans le contexte des textes.

Par exemple, sur l'édition française (WEA 56 477), en prime vous trouverez le titre "Watching The Detectives." Pour la petite histoire (je sucre tellement les fraises sur ce mec que j'en suis arrivé à ce point-là), Elvis l'écrivit le lendemain du jour où il entendit pour la première fois l'album des Clash. Sur un rythme reggae, il a construit une superbe intrigue policière à la Chandler: "Elle se polit les ongles / Pendant qu'ils vident le lac." Et attend son destin.

Quant aux Américains, Costello leur a réservé la primeur d'une de ces bombes qui font le ravissement général de tout New York City, des librairies de Greenwich Village au juke boxe du CBGB — hormis sur les ondes radio ! Car avec le morceau "Radio, Radio," Elvis a signé une attaque si farouche, si cruelle, si venimeuse qu'elle mérite l'achat immédiat du disque en import (CBS 35 331). "Je veux mordre la main qui me nourrit / Je veux la mordre si fort / Qu'ils regretteront de m'avoir jamais connu / La radio est entre les mains d'une bande de crétins / Ils essaient d'anesthésier vos sentiments."

Elvis Costello, vingt-trois ans, est dans ce business pour se venger. Soyons donc assurés que l'industrie. va réagir. Si l'on a promis à McLaren une paire de chaussures en béton (déclaration in Rolling Stone n° 264), il reste uniquement à savoir combien de temps Jake Riviera (le manager d'Elvis) pourra tenir. D'ici là... Elvis Costello et ses Attractions sont à peu près les seules personnes que j'aie envie de voir sur une scène.

Jè reparlerai après le show de la basse vulgaire et moite de Bruce Thomas, mais surtout et encore de l'orgue hanté de Steve Naive. Celui-ci produit un nuage d'électricité défoncée et vous glace plus sûrement le sang que tous les synthétisers du monde. Et la sardonique guitare d'Elvis? Et sa voix ? Elvis is king, les gars !


Tags: MilwaukeeThis Year's ModelBruce ThomasNick LowePhil LynottJohn CiambottiCloverParis


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Rock & Folk, No. 137, June 1978


Philippe Manoeuvre profiles Elvis Costello.

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1978-06-00 Rock & Folk pages 98-99.jpg
Page scans.


Le mystérieux bassiste


Philippe Manoeuvre

Qui est le mystérieux bassiste d'Elvis Costello? C'est la question que se posèrent quelques soirs de suite les spectateurs anglais après l'accident survenu à Bruce Thomas au beau milieu de l'actuelle tournée de promotion de This Year's Model. S'étant ouvert la main sur une bouteille de bière brisée, Thomas a en effet dû abandonner son emploi à toutes les mains charitables... Le soir de l'accident, c'est Elvis lui-même qui en a joué. Le lendemain, Nick Lowe, appelé à la rescousse, prenait la place vacante, suivi par un certain Phil Lynott. Bruce Thomas sera remplacé aux USA par John Ciambotti (Clover), mais de retour au poste à Paris.


               Contents page photo by Chris Gabrin.
1978-06-00 Rock & Folk illustration.jpg1978-06-00 Rock & Folk page 05.jpg
Illustration by Serge Clerc.


Cover.
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Magazine scans thanks to Fulvio Fiore.

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